Terrible two, horrible three : comprendre les périodes difficiles de l’enfant

Quand on devient parent, on découvre très vite un vocabulaire particulier.
Un vocabulaire qui circule beaucoup entre parents, dans les livres, sur les réseaux, chez les professionnels.

Terrible two.
Horrible three.
Fucking four. (oui, oui, ça existe aussi !)
Opposition.
Phase difficile.

Ces mots ont parfois un effet rassurant :
👉 “Ok, ce que je vis n’est pas anormal.”

Mais ils ont aussi un effet pervers :
👉 ils donnent l’impression que l’enfant traverse des âges “problèmes”, comme des paliers à subir, en attendant que “ça passe”.

Et si le problème n’était pas l’âge…
mais la façon dont on comprend ce qui s’y joue réellement ?

Pourquoi parle-t-on autant de “périodes difficiles” chez l’enfant ?

Ces expressions ne sortent pas de nulle part.
Elles tentent de nommer des moments clés du développement, où plusieurs transformations majeures se produisent en même temps.

À chaque grande période, l’enfant traverse simultanément :

  • des acquisitions neurologiques (cerveau, régulation, inhibition),

  • des changements émotionnels (peur, frustration, colère, joie),

  • des enjeux relationnels (attachement, autonomie, opposition),

  • et des transformations corporelles (motricité, fatigue, sensorialité).

👉 Le cerveau de l’enfant ne se développe pas de manière linéaire.
Il avance par poussées, souvent déséquilibrantes.

C’est ce que montrent clairement les recherches en neurodéveloppement (notamment Daniel Siegel, Allan Schore, Catherine Gueguen).

Le terrible two : autonomie émergente, régulation immature

Autour de 18 mois – 2 ans, l’enfant vit une révolution intérieure majeure.

Il commence à se percevoir comme un être séparé.
Il découvre qu’il peut vouloir.
Choisir.
Refuser.

C’est une étape fondamentale de construction du self.

Mais cette autonomie naissante se heurte à une réalité neurologique :
👉 les structures cérébrales de régulation émotionnelle (cortex préfrontal) sont encore très immatures.

Résultat :

  • l’envie est immense,

  • la capacité à gérer la frustration est très limitée,

  • le “non” devient un outil d’affirmation identitaire.

Ce n’est pas de la provocation.
C’est une tentative de se sentir exister.

Le “horrible three” : explosion émotionnelle et langage imparfait

Vers 3 ans, le langage progresse rapidement.
L’enfant peut dire plus de choses… mais pas encore dire ce qu’il ressent vraiment.

C’est une période souvent marquée par :

  • des émotions très intenses,

  • une opposition plus affirmée,

  • des crises longues et déroutantes pour l’adulte.

Le cerveau émotionnel est très actif,
mais les capacités d’auto-régulation restent faibles.

👉 Beaucoup d’enfants de 3 ans ressentent plus qu’ils ne peuvent contenir.

Les travaux de Bessel van der Kolk et de la théorie polyvagale (Stephen Porges) montrent que, lorsque le système nerveux est débordé, le comportement devient le langage principal.

Il n’existe pas d’âge “sans difficulté”

C’est un point essentiel à comprendre — et souvent très libérateur.

Il n’y a pas :

  • un âge difficile,

  • puis un âge facile,

  • puis un âge tranquille.

Chaque période apporte :

  • de nouvelles compétences,

  • et de nouveaux déséquilibres.

À 4–5 ans :

  • plus d’autonomie,

  • mais aussi plus de négociation, de test des limites, de comparaison.

À 6–7 ans :

  • plus de raisonnement,

  • mais une grande sensibilité au regard de l’autre et à l’échec.

👉 Ce qui change, ce n’est pas la difficulté.
C’est sa forme.

Ce que les étiquettes ne disent pas (et ce que vivent vraiment les mamans)

Ce qui épuise souvent les parents, ce n’est pas tant le comportement de l’enfant que :

  • l’idée que “ça ne devrait pas être comme ça”,

  • la peur de mal faire,

  • la comparaison avec d’autres enfants,

  • la recherche d’une méthode universelle qui calmerait tout.

Or, un enfant qui traverse une période intense n’est pas un enfant “problème”.
C’est un enfant en développement.

C’est exactement ce que j’explore aussi dans les articles :

  • Apprentissage et système nerveux : l’importance d’un enfant régulé

  • Quand tout devient un rapport de force avec son enfant

Régulation, attachement et environnement : les vrais leviers

Les recherches sur l’attachement (Bowlby, Ainsworth) sont très claires :
👉 un enfant ne se régule pas seul. Il se régule dans la relation.

Ce qui aide réellement un enfant à traverser ces périodes :

  • un lien sécurisant,

  • des adultes capables de contenir sans écraser,

  • un environnement qui ajuste les attentes à l’âge réel,

  • et une lecture fine du développement, plutôt que des normes rigides.

Il ne s’agit pas de tout laisser passer.
Mais de comprendre ce que l’enfant est capable de faire à ce moment précis.

Relativiser sans minimiser

Dire que ces périodes sont normales ne signifie pas :

  • que c’est facile,

  • que ça ne fatigue pas,

  • que les parents n’ont pas besoin de soutien.

Cela signifie simplement que :
👉 le comportement n’est pas un dysfonctionnement à réparer,
👉 mais un signal de croissance à accompagner.

Et si on changeait de regard ?

Plutôt que de demander :

“Comment faire pour que cette période passe vite ?”

On peut se demander :

“De quoi mon enfant a-t-il besoin pour traverser cette période sans se couper de lui-même ?”

Ce changement de regard ne supprime pas les difficultés.
Mais il enlève beaucoup de culpabilité…
et permet souvent d’agir avec plus de justesse.

Références

  • Daniel SiegelLe cerveau de votre enfant

  • Catherine GueguenPour une enfance heureuse

  • Bessel van der KolkLe corps n’oublie rien

  • Stephen Porges – Théorie polyvagale

  • Allan Schore – Régulation émotionnelle et attachement

FAQ

C’est quoi exactement le “terrible two” ?

On appelle “terrible two” la période (souvent entre 18 mois et 3 ans) où l’enfant découvre fortement son autonomie : il dit non, s’oppose, teste, veut choisir. Ce n’est pas un “mauvais caractère”, c’est une étape de construction de l’identité avec une régulation émotionnelle encore immature.

Le terrible two est-il obligatoire ?

Non. Certains enfants traversent cette phase de façon très marquée, d’autres beaucoup plus doucement. Le tempérament, la sensorialité, la fatigue, le contexte familial et les transitions (déménagement, arrivée d’un bébé, rentrée…) jouent beaucoup.

Pourquoi mon enfant de 2 ans fait des crises pour tout ?

À 2 ans, l’enfant veut énormément… mais ne peut pas encore gérer la frustration. Beaucoup de “crises” viennent d’un conflit entre désir (fort) et capacité (encore limitée), parfois amplifié par la fatigue, la faim, la surcharge sensorielle ou les transitions.

Combien de temps dure le terrible two ?

Il n’y a pas de durée fixe : c’est une phase qui peut aller et venir, avec des pics et des accalmies. Chez certains, ça se joue en quelques mois, chez d’autres, c’est plus long et plus fluctuant.

C’est quoi “l’horrible three” ?

Vers 3 ans, l’enfant a plus de langage et plus de volonté… mais pas encore la maturité neurologique pour traverser calmement la frustration. On voit souvent des émotions très intenses, des oppositions, des colères longues. Ce n’est pas “pire”, c’est différent : l’enfant se complexifie.

Mon enfant de 3 ans s’oppose à tout : c’est normal ?

Oui, c’est fréquent. L’opposition est souvent une façon pour l’enfant de sentir son pouvoir d’agir et de poser ses limites. L’enjeu est de garder un cadre, mais posé depuis la relation (connexion d’abord, demande ensuite), plutôt que depuis l’urgence ou la menace.

Comment réagir pendant une crise (2–4 ans) ?

Le plus efficace est souvent simple (et pas magique) :

  • sécuriser (présence + voix basse + corps calme),

  • réduire les mots (le cerveau est débordé),

  • proposer une issue corporelle (souffler, serrer un coussin, bouger),

  • revenir au lien après (réparer, câliner, nommer doucement).
    Ce n’est pas céder : c’est aider le système nerveux à redescendre.

Est-ce que je dois “punir” les crises ?

Punir une crise apprend rarement à l’enfant à se réguler. Ça peut faire taire… mais pas apaiser. Ce qui aide, c’est d’enseigner progressivement : limites claires + présence + réparation + routines et de travailler sur les déclencheurs (fatigue, transitions, surstimulation).

Et si ces “phases” durent longtemps ou sont très intenses ?

Si les crises sont très fréquentes, violentes ou si tu sens que la famille s’épuise, ça vaut le coup de chercher du soutien : pédiatre, psychologue, thérapeute parental ou repères sur la régulation émotionnelle. Parfois, l’intensité est liée à l’hypersensibilité, à la sensorialité, au sommeil ou à un contexte particulier. On peut en discuter ensemble.

Comment savoir si mon enfant a un “problème” ou traverse juste une phase ?

Une phase reste fluctuante : il y a des moments de lien, de jeu, de calme, même courts. Un signal d’alerte, c’est quand la souffrance est constante, quand tout se dégrade durablement (sommeil, alimentation, interactions) ou quand toi tu te sens en danger intérieur (épuisement, colère incontrôlable). Dans le doute : demander un avis, c’est un acte de soin, pas un aveu d’échec.

Quel est le rôle du parent dans ces périodes ?

Pas d’être parfait. Le rôle principal, c’est d’être un “repère vivant” : un cadre simple + une présence qui contient + la capacité de réparer quand on déborde. La sécurité affective se construit beaucoup dans le retour au lien.

Peut-on éviter le terrible two / horrible three ?

On ne “supprime” pas une étape du développement. Mais on peut réduire l’intensité en améliorant ce qui soutient la régulation : sommeil, rythmes, transitions anticipées, temps dehors, lien, limites simples et un adulte qui ralentit au lieu d’entrer en rapport de force.

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Orianne 💛

✨ Maman passionnée par le naturel, la parentalité consciente et l'éducation libre
Fondatrice de La Tribu des Mamans

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